| Interview avec la présidente de la FTE |
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| 16-03-2009 | |
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Dans le cadre de notre rubrique « rencontres et interviews » à travers laquelle nous œuvrons à diffuser la culture échiquéenne, notre équipe a rencontré Dr. Fériel Béji la présidente de la fédération tunisienne des échecs qui a eu l’amabilité d’être notre première invitée. E.M. : Durant les années 70 et 80, la Tunisie avait une place de choix dans le monde échiquéen. Mais depuis 82 je penses, aucun joueur tunisien n’a eu le titre de MI à titre d’exemple et on a l’impression qu’il y a eu depuis, un blocage. Quel est votre point de vue là dessus ? Qu’avez vous planifié pour que la Tunisie retrouve une meilleure place parmi les autres pays arabes ? Fériel Béji : Durant les année 80, les échecs en Tunisie ont connu une progression remarquable sur le plan arabe et international. Plusieurs joueurs et arbitres tunisiens ont eu des titres internationaux. Après, il y a eu un recul des résultats. Lorsque j'ai pris la responsabilité de la Fédaration vingt ans après, j’ai étudié ce problème avec beaucoup d’attention et à mon avis ce recul était dû au fait que les joueurs titrés avaient le monopole de presque toutes les participations tunisiennes à l’étranger. Ce choix a condamné les jeunes talents de l’époque qui n’avaient pas assez d’opportunités pour se forger et acquérir de l’expérience, ce qui a créé un fossé. C’est pour ces raison qu’on ne trouve pas assez de jeunes joueurs pour prendre le flambeau. Pour moi, la solution était claire : Il fallait donner la chance et le temps aux jeunes pour prouver qu’ils sont à la hauteur. Il y avait une crise de confiance non fondée en nos jeunes qui pourtant représentaient la meilleure des solutions. Dans cette optique, la FTE a entreprit plusieurs initiatives : - La création 14 nouveaux club scolaire ; - L’organisation de session de formation au profit des enseignants ; - L’organisation du championnat national scolaire ; - L’organisation de plusieurs tournois universitaires ; - L’organisation du championnat national entre les lycées secondaires ; - La fondation du concept des écoles fédérales et la création de 7 écoles ; - La fixation de critères plus objectifs pour la sélection les participations tunsiens aux compétitions internationales, où chaque jeune talent a ses chances ; - L’établissement de l’Elo national Nous sommes devant un grand chantier où nous sommes en train d’installer les bases. Ces piliers doivent être assez solide pour pouvoir construire demain quelque chose d’ambitieux. E.M. : On a l’impression que les deux dernières années ont connu un dynamisme plus accru (promotion du jeu, tournois internationaux,…), comment expliqueriez vous cela ? Fériel Béji : Ce dynamisme entre dans la même optique que je viens de présenter. Le budget qui était alloué pour la participation d’un ou deux joueurs à l’étranger, nous avons préféré l’orienter vers l’organisation de tournois internationaux en Tunisie. D’une part nous contribuons à la promotion de notre pays et d’autre part avec un même budget nous offrons l’opportunités à plus d’une dizaine de joueurs tunisiens d’acquérir l’expérience des compétitions de haut niveau. Nous avons entre autres organisé : - Le championnat arabe féminin en mars 2007 - Le championnat tunisien sous forme d’open international en 2007 - Deux opens internationaux à Hammam Sousse à l’occasion de la célébration du 7 novembre - Le championnat méditerranéen - Le Tunisia International Open en juin 2008 Nous avons également multiplié les participations tunisiennes dans les rendez-vous internationaux importants tel que le championnat des sports intellectuels à Pékin en marge des JO, les championnat arabes, etc. Cette stratégie même si on est au tout début du parcours, commence déjà à donner ces fruits. Je citerais à titre indicatif : - La médaille de bronze de notre GMI Belkhodja au championnat méditerranéen - Notre champion national Kamel Njili qui a remporté deux tournois en France - La première place pour Kamel Njili à l’open d’Alochta en Ukraine en 2007 - La médaille d’argent pour Belkhodja et celle de bronze pour Adel Mahmoud El Kamel au jeux Arabes en Egypte - La médaille d’argent remportée par Amir zaibi au championnat arabe des juniors à Abou Dhabi en 2008 et sa performance de candidat maitre. - Aux Olympiades de Dresde Kamel Njili a eu le titre de maitre FIDE, Mehdi Bouaziz a eu le titre de candidat maitre et Amira marzouk a eu le titre de candidat maitre féminin. Trois de nos féminines ont eu le classement international FIDE. Ce n'est qu'à titre indicatif. (voir la liste des réalisations et des aquis en cliquant ici ) E.M. : L’échecs féminin a été longtemps ignoré, ou laissons-nous dire qu’il n’a pas eu de réel chance ni au niveau des moyens ni au niveau de l’encadrement. Trouvez-vous cela normal dans un pays comme la Tunisie ? Fériel Béji : Bien entendu la situation était tout sauf normale surtout que dans notre pays la femme tunisienne a une place de choix à tous les niveaux. Afin de redresser la situation nous avons entreprit plusieurs initiatives tel que : - La création d’un championnat national féminin depuis 2007 - L’attribution de certains avantages aux joueuses d’échecs dans les clubs - Plus d’une quarantaine de filles ont participé dans les différentes manifestations de la période précédente. - La participation pour la première fois de son histoire de notre équipe nationale féminine aux olympiades de Dresde en Allemagne. E.M. : Plusieurs responsables sportifs préfèrent les résultats à court terme étant donné que dans un mandat de 4 ans on ne peut pas changer grand chose surtout lorsqu’on manque de moyen. Vous avez inversé cette tendance en donnant plus de chances aux jeunes et en mettant en place toute une stratégie de longue durée basée sur la formation. Ces choix courageux, apporteront certainement un nouveau souffle aux échecs en Tunisie dans les années à venir. N’avez vous pas l’impression d’avoir pris des risques surtout que les performances des derniers mois a été beaucoup critiqués ? Fériel Béji : Si on voudrait uniquement des résultats à court terme, on aurait pu continuer avec l’ancienne méthode et ne rien changer. Mais ça serait aller à l’encontre de mes convictions et surtout condamner l’avenir des échecs en Tunisie. La question était, jusqu’à quand allait continuer le blocage ? Alors je me suis dis, MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS ! Les responsables qui ne touchent à rien, ne font pas d’erreurs. Travailler et faire bouger les choses implique forcément des manques. Moi et mon équipe à la FTE s’efforçons d’étudier profondément nos choix, de les améliorer en continu et de faire les mises au points nécessaires. Si je prend l’exemple des écoles fédérales. Il est tout à fait normal qu’il y ait des ajustements car c’est la première fois qu’un tel programme est entamé en Tunisie. Ça demande un effort et un suivi quasi journalier. Personnellement j’ai préféré assumer pleinement mes responsabilité et je savais d’avance que je serait critiqué car ce changement allait toucher les intérêts de certaines personnes qui avaient le monopole d’une grosse partie du budget. Pour moi l’équation ne demandait pas de réflexion : l’intérêt de la Tunisie doit passer avant l'intérêt des personnes. Interview réalisée par Jawhar Ben Fredj |
